Nous, ses 5 petits enfants, souhaitons vous parler de notre mémé, telle qu’elle était, telle qu’elle restera gravée dans nos mémoires.
Mémé Hélène, c’était notre mémé douceur, notre mémé amour, notre mémé confidente.
Avec Laure et Claire nous y passions un grand nombre de mercredis, de samedis et dimanches. Régulièrement, on mettait dans la voiture de papa et maman notre petit sac avec notre nounours, un pyjama et une brosse à dent pour rester dormir chez mémé. Lorsqu’on était plusieurs à vouloir y rester dormir alors mémé avait institué un tour de rôle pour celle qui pourrait dormir dans le canapé. Pour souper, elle nous faisait des œufs à la coque ou des grosses coquillettes au jambon, que l’on adorait. Mais quand on ne pouvait pas rester alors mémé nous donner des boites de Smarties pour nous consoler.
Mémé c’était la meilleure des mémés. On aimait se mettre avec elle autour de la table de la cuisine pendant qu’elle préparait des tartes : à la compote, à la rhubarbe, au libouli, au sucre « au Chuck » comme elle disait. Lorsqu‘on avait mal à la gorge, on se préparait un jaune d’œuf au sucre dans une tasse à café avec les bons œufs de ses poules. C’était tellement bon que parfois (souvent), même sans avoir mal à la gorge pour de vrai, on lui réclamait un jaune d’œuf au sucre. Mémé nous a appris la couture et le tricot. Chaque année on choisissait un modèle dans le catalogue Bergère de France et pour Noël on avait notre magnifique pull de Noël plein de torsades, parce que mémé elle n’aimait pas tricoter que du jersey, c’était trop facile.
Mémé nous a aussi transmis des spécialités polonaises : les croustés et les ponchkis dont elle se surveillait la mise en friture pour qu’on ne se brûle pas, les klouskis, les kopetkas et la soupe rouge. Le lundi de Pâques, on fêtait « Dingus », la fête des amoureux en Pologne.
Mémé :c’était les bons petits plats du dimanche : la poule au pot avec du riz, le canard aux pèches avec les volailles de chez elle, la langue de bœuf avec sa sauce orange. Et puis c’était aussi le jambon roulé à la macédoine, les salades de carottes rappées, la mousse au chocolat, la brioche au Nutella, les gaufres sèches du nouvel an et les papillotes de noël avec des pétards bien sûr. Chaque dimanche, on regardait « sans bouche » allias Sean Connery dans Walter Texas Rangers et l’après-midi on faisait le tour du jardin avant d’aller faire un tour au cimetière pour voir Pépé Félix et tata Véronique.
C’est mémé qui nous a inculqué à tous les 5 les valeurs de la religion catholique. C’est elle qui a, à chacun de nous, offert notre missel. Pour rien au monde elle n’aurait loupé notre profession de foi. Ainsi je l’ai accompagnée dans le train d’Arras à Angoulême pour la communion de Florent, voyage durant lequel je n’arrêtais pas de me balader dans le train ce qui agaçait mémé, mais elle ne le montrait pas. Pour la profession de foi de Camille c’est Laure qui l’avait accompagnée. Laure ne voulait pas porter son tailleur vert alors mémé l’a emmenée faire les magasins à Saintes pour lui prendre un pull blanc, une minijupe bleu marine et ses premières Kickers, beige que Laure a gardé 15 ans.
Mémé rêvait de prendre l’avion, malheureusement, elle n’aura jamais pu aller en Pologne comme elle l’aurait tant voulu, mais Laure lui a permis de prendre l’avion pour ses 79 ans de Roissy à Bordeaux. Pour aller en Charente, ça changeait du train. Elle avait adoré cette expérience et si ça avait été plus tôt, il est fort possible qu’elle ait voulu recommencer.
Mémé était aussi de la partie chaque année pour les vacances d’été. En juillet, on descendait pendant 15 jours tous les 6 avec Maxou en Renault 21 Névada (et plus tard avec l’Espace). Elle nous a accompagnés en Corse, en Espagne, dans les Pyrénées mais aussi bien sûr sur l’île d’Oléron, chez tonton et tata.
Le mois suivant, en août, tous les 5, on était impatient de nous retrouver pour 2 semaines de vacances chez mémé, ici à Nurlu ,où nous pouvions faire jouer notre imagination sans limite. Avec rien, ou plutôt avec tout, nous passions nos après-midis, à jouer au restaurant avec des fleurs, des pommes de pin roulés dans la boue, à créer des cocktails avec du papier crépon trempé dans l’eau (brillante idée de Camille). On écrivait le menu sur le grand tableau et on faisait des tables avec les anciennes pancartes publicitaires pour recevoir nos clients : nos parents et mémé. On explorait la « cabane » où nous trouvions toujours un nouveau trésor, on montait parfois dans le hangar au dessus de la cave et des clapiers à lapins, où mémé avait peur qu’on passe à travers le plancher. Chaque année, à leur arrivée, Camille et Florent, en attendant le lendemain qu’on vienne passer l’après midi avec eux chez mémé, avaient toujours imaginé un nouveau scénario qui définirait notre jeu de l’été.
On était aussi heureux l’été de participer à la récolte de pommes de terre et des haricots. On cherchait les œufs des poules, on allait caresser les moutons et on faisait comme mémé, on s’asseyait dans un coin de la basse cour et on regardait les poules et les canards, tout simplement. Chaque année, on choisissait aussi un lapin qui serait gardé pour la reproduction de l’année suivante, parfois, on choisissait un mâle alors que mémé voulait 2 femelles mais du coup, elle consentait à garder notre lapinou.
Quand Laure a commencé à travailler l’été, elle emmenait mémé aux vacances de Pâques pour l’anniversaire de sa marraine, Tata Annie. Mémé emmenait toujours, comme depuis toutes ces années son fameux sac multicolore. Elle surveillait les panneaux d’aire de repos en disant « quand on voit des fourchettes on s’arrête » !
Mémé c’était son sourire banane, sa bonne humeur, toujours partante à assumer nos p’tits caprices, les soirées de jeux de dames, de petits chevaux, de domino accompagnées d’un tilleul citron et sa cuillère de miel alors que maman me dira bien plus tard que mémé n’aimait pas les jeux de société… Les après- midis on jouait au nain jaune et aux jeux de cartes et par la suite, nous montions des spectacles tous les cinq pour la famille.. avec Florent et Camille.
Mémé c’était la vie simple, la vie vraie, loin de la société d’aujourd’hui, pas d’internet pas de téléphone portable mais aujourd’hui ce sont des souvenirs gravés, que pour rien au monde on nous enlèverait.
Mémé va enfin rejoindre ceux qu’elle aimait tant et qui lui manquait dans le monde des vivants : son mari, sa fille aînée, ses parents et ses deux petits frères qui l’ont précédée
Il ne reste qu’une chose à ajouter : Merci mémé, pour tout ce que tu nous as apporté. Reposes en paix.
Bérengère Christ - Decaux